Claude Lévêque

DU MERCREDI 1ER AU JEUDI 30 JUIN

Claude Lévêque s’empare de la péniche La Pop avec l’installation Kollaps. Ou comment assister au décollage éprouvant d’un hélicoptère dans les cales d’un ancien pétrolier…

Du 1er au 30 juin, la péniche La Pop, le nouveau lieu des musiques mises en scène (Quai de Loire à Paris), se réjouit d’accueillir à son bord l’une des installations les plus radicales de l’artiste Claude Lévêque.

Après Le Printemps #1 de La Pop, où le public a pu découvrir près d’une dizaine de spectacles musicaux pour la plupart inédits en France, la péniche invite cette fois un plasticien à s’emparer du matériau sonore et musical pour inventer une nouvelle forme scénique et poursuivre à cette occasion son questionnement sur l’écoute, sa réception, son partage et sa sensorialité.

Kollaps, référence à l’un des albums cultes du groupe de musique industrielle Einstürzende Neubauten, plonge le spectateur dans un noir absolu de façon à lui faire perdre pied, littéralement.

En avançant dans les profondeurs des cales de la péniche, les spectateurs seront confrontés à leurs propres démons intérieurs, aux peurs de leur enfance, celles provoquées par une plongée dans le noir complet et celles engendrées par la perturbation des sens : marcher à tâtons sur un sol en mousse qui déstabilise l’équilibre des corps, se confronter à la présence des autres, au risque de se frôler ou de s’y cogner, se soumettre à un vent violent qui est prêt à nous aspirer, et assister à l’illusion du décollage extrêmement bruyant de trois hélicoptères.

Dans ce train fantôme des temps modernes, Kollaps nous renvoie à la fragilité de nos existences tout en nous offrant un spectacle grandiose : un mélange complexe de montée d’adrénaline (la réaction au stress) et d’endorphine (la résistance à la peur), un état proche du collapsus au sens strict, celui de la crise cardiaque et de l’effondrement.

Kollaps est la première installation de Claude Lévêque à avoir confronté le spectateur au noir complet. Elle n’a été montrée qu’une seule fois, en 1999, lors de sa création au Consortium de Dijon. Par cette installation spectaculaire, aussi grandiose qu’invisible – comme peut l’être la musique -, La Pop offre à ses visiteurs une expérience unique.

Kollaps de Claude Lévêque, 1er au 30 juin, tous les jours sauf les lundi et mardi, entrée libre toutes les 15 minutes entre 14h00 et 19h00.

CLAUDE LEVEQUE

Fin des années 1970, début des années 1980, Claude Lévêque prend souvent le train pour Paris, « où se solidifie une scène d’avant-garde […] lookée par Serge Krügger, designée par les graphistes de Bazooka, peinte par Kiki Picasso, sonorisée par Edith Nylon, les Stinky Toys, Taxi Girl, qui a ses propres stars (Jacno, Marie-France, Elli Medeiros, Alain Pacadis…) et son quartier général : le Palace de Fabrice Emaer […], et l’enchaînement ininterrompu des concerts et des fêtes, construisant ainsi une esthétique de rupture. » C’est là, et pas dans le champ de l’art, que Lévêque puise ses influences, et développe, finalement, les bases de son oeuvre. En 1982, il participe pour la première fois à une exposition, collective, à la Maison des arts et de la culture de Créteil, où il présente une installation intitulée Grand Hôtel (une oeuvre qu’il conserve encore aujourd’hui). Il expose tout d’abord en France à partir de 1984, avant de conquérir l’Europe, l’Amérique et l’Asie ; il participe régulièrement à des biennales d’art contemporain telles celles de Lyon ou de La Havane en 2003. Fin avril 2008, il est choisi pour représenter la France à la Biennale de Venise 2009. Dans cette optique, il sélectionne comme commissaire Christian Bernard, directeur du MAMCO.

Claude Lévêque privilégie le travail in situ. Bien qu’il ait souvent travaillé sur le terrain des objets, ses choix se penchent vers la création d’espaces et d’atmosphères. L’outil privilégié de l’artiste reste l’environnement quotidien. À travers des installations, l’artiste recherche à voir, regarder le réel autrement… Pour La Maison des mensonges, qu’il expose au Musée d’art contemporain de Marseille (2006), il se balade chez des détaillants de mobilier comme IKEA pour découvrir des objets qu’il utilise tels quels dans les atmosphères qu’il crée. Il dit avoir une approche traditionnelle de l’art, qu’il conçoit comme un reflet de la société. Les thèmes et les matériaux qu’il travaille sont les plus contemporains qui soient. Le regard qu’il porte sur le monde qui l’entoure, injuste, violent, influencé par les médias, n’est pas franchement positif. Pourtant, il ne cherche pas à nier, ou au contraire à embellir cette réalité : il s’en fait le témoin et l’impose au spectateur, qui devient également acteur. Proche du mouvement punk, mais aussi d’autres cultures alternatives, Claude Lévêque rejette l’acceptation aveugle de l’ordre établi.
Son travail, original et ingénieux, est basé sur l’utilisation de l’image, du son et de la lumière.

En 2014 et 2015, Claude Lévêque est invité par le musée du Louvre à habiller l’entrée du musée, la pyramide de Ieoh Ming Pei puis les fossés et le donjon du Louvre médiéval. Le néon, l’un des matériaux privilégiés de l’artiste, se fait ici foudre tranchant un volume d’air pour distribuer ses résonances diurnes et nocturnes sur l’architecture alentour. L’artiste présente les influences cinématographiques qui traversent son oeuvre lors d’une séance de projections et rencontres à l’auditorium du Louvre, en s’intéressant aux oeuvres de Dario Argento et Kenneth Anger.


OEuvres :
Ses oeuvres, telles des parcours initiatiques, proposent au public de découvrir le réel sous un angle subjectif et nouveau. On peut citer, parmi les plus importantes, Ende à la galerie Yvon Lambert de Paris ou encore Le Meilleur des mondes à la Passerelle de Brest, Let’s Dance à la fondation Miró de Barcelone, ou Reconstruire la fenêtre à la Rice gallery de Tokyo. Attaché à l’univers de l’enfance, Claude Lévêque a réalisé plusieurs oeuvres en utilisant l’image de Mehdi El Glaoui, du feuilleton Belle et Sébastien.