LE MYTHE DES FÈVES D’ARGENT
CLÉO TOTTI
[INSTALLATION] – ENTRÉE LIBRE
Du 29 mai au 28 juin
Vernissage le vendredi 29 mai
Nocturne le 6 juin pour Nuit Blanche
Mercredi 14h-18h
Jeudi & vendredi 17h-21h
Samedi & dimanche 11h-19h
Chaque année au mois de juin, La Pop accueille une installation plastique et sonore conçue spécifiquement pour le lieu.
En 2026, c’est la plasticienne Cléo Totti qui s’empare de cet espace flottant pour y déployer une poésie sculpturale, pensée comme un refuge de soins, propice à la reconnexion à soi, aux autres et au vivant.
Cléo Totti imagine dans la cale de la péniche un espace hors du temps, méditatif, un lieu « refuge » hors du tumulte et de la cacophonie ambiante de la ville. En mêlant le vivant et la technologie, elle crée une installation qui met en éveil nos sens, pensant le corps et le paysage comme des territoires sensibles et en constante transformation, interrogeant les relations entre matière, espace et perception.
Le mythe des fèves d’argent est une installation immersive composée de formes sculpturales mêlant éléments végétaux, matières transformées et structures en cuivre, activées par une dimension sonore. La voix de l’artiste circule dans l’espace et à l’intérieur des sculptures, créant un réseau invisible reliant les éléments entre eux. Pensées comme une pluralité d’objets sonores, les formes s’activent par la présence du·de la spectateur·rice : par le regard, la proximité, la chaleur du corps. Le son agit comme un liant, donnant une voix aux matières et faisant émerger un langage sensible.
Cléo Totti est une artiste pluridisciplinaire basée à Liège (Belgique), elle travaille avec plusieurs disciplines: la peinture, la sculpture, le dessin, la performance et la composition sonore.
Elle est diplômée d’un master en Arts visuels et de l’espace, pratiques de l’art et outils critiques en sculpture de l’École de Recherche Graphique (E.R.G) de Bruxelles (Belgique). Elle est par ailleurs professeure de sculpture et de pratiques performatives.
Dans son travail, elle se plaît à travailler avec une grande variété de matériaux, de médiums et de techniques, entre la sculpture et la performance, le solide et le fluide. À travers ses installations immersives, elle explore le corps et le paysage comme des territoires sensibles et en constante transformation, interrogeant les relations entre matière, espace et perception.
Parmi ses récentes expositions nationales et internationales nous pouvons citer : Remèdes, Société Libre de l’émulation, Liège, (BE) ; De Bauxite, de carbone et de fer… A chemichal Anthology, Avee Gallery, Kortrijk (BE) ; Art Week Rotterdam, Neck of the Woods, Rotterdam (NL), ou encore Allez, Allez!, Centre Wallonie-Bruxelles (2022), Paris (FR)…
Elle a été sélectionnée pour le programme Coming People des Amis du S.M.A.K. (2016), le Prix Liège Création (2017) et le Prix de la Jeune Sculpture (2020).
Elle a bénéficié de temps de résidences artistiques à la Cité internationale des Arts, à la Maison de la Culture de Luxembourg, à la Super Deals Residency de Bruxelles ou encore au Summer research residency en Grèce… Dans le cadre de la conception de cette installation, elle sera hébergée par la Cité internationale des arts de Paris.
Avec notre dispositif de médiation Radio Regard, des visites-ateliers de cette installation sont proposées aux groupes scolaires, périscolaires et associatifs. Menées par des médiatrices, celles-ci sont gratuites, élaborées en collaboration avec les encadrant·e·s et adaptées à tous les publics.
Contact : pedagogie@lapop.fr / 01 53 35 07 77
Dossier pédagogique
Est-ce que tu peux nous parler de ta création et de son processus ?
Je suis d’abord partie sur une installation sculpturale, parce que ma première pratique, c’est la sculpture. Je voulais qu’on puisse activer ces sculptures par le toucher. J’ai donc fait des recherches pour développer certaines parties de l’installation avec des dispositifs électroniques. Certaines parties des sculptures, quand on s’en approche, ou quand on met sa main dessus, vont déclencher des sons. Tout part de l’idée d’activer un paysage. Les plantes seront en cuivre et en céramique et quand on s’en approchera, elles chanteront. Il y a aussi des influences électro dans mon travail. Il y aura une sorte d’introduction à la musique électronique. Je me suis toujours questionnée sur les liens entre la nature, l’humain et la technologie. Il y a toujours eu ces questionnements-là et ces hybridations. À l’intérieur des fèves, il y aura des petites billes que j’ai faites une à une. Car à l’époque, c’est les femmes qui se mettaient entre elles pour écosser les haricots et extraire les fèves.
L’idée politique derrière tout ça, c’est qu’on ne fait pas assez attention à ces personnes qui travaillent la terre et que c’est une position similaire que nous avons nous les artistes. Parfois, on ne fait pas assez attention à nous dans cette société !
Quelle expérience souhaites-tu partager avec les spectateur·rice·s ?
Je souhaite que ce soit comme aller dans un paysage pour méditer. Mais ce n’est pas méditer dans le sens « zen », c’est méditer sur ce qu’on voit. C’est plutôt inviter à la contemplation, à regarder, à voir le détail, à observer. En regardant les plantes qui sont en velours, tu peux voir tous les reflets de lumière. C’est ce genre de détail qu’on ne regarde pas d’habitude auquel j’ai envie de nous rendre attentif·ve·s. Il y a tellement de profusion autour de nous qu’il faut réapprendre à observer, contempler. C’est comme avec les tissus, il y a beaucoup de plis, et avec la lumière, on voit tous les interstices, c’est ce qui m’intéresse. C’est tous ces petits entrelacs. J’ai juste envie de montrer que tout cela est magnifique. Cette fragilité et tous ces détails inspirent les artistes depuis la nuit des temps !
Que représente pour toi cette installation et notamment les fèves que tu as créées ?
Les fèves poussent dans les zones de terres sèches, il y a beaucoup de communautés qui en dépendent pour pouvoir se nourrir. Dans certains territoires, le troc était habituel, notamment avec des fèves de cacao. Et puis les premières pièces de monnaie sont apparues. Elles étaient faites d’or et d’argent. Les personnes qui possédaient ces pièces-là étaient riches. Les fèves, à l’inverse étaient la monnaie des personnes qui ne l’étaient pas.
Dans la mythologie, il y a aussi l’histoire de la fève qu’on cache dans la tarte lors de la galette des rois, tradition que l’on perpétue aujourd’hui. Avoir la fève apporte du prestige. Donc, il y a cette idée de classe, qui est sous-jacente à la fève, l’idée de posséder quelque chose.
Par ailleurs, ce qui me plaît fondamentalement et que je trouve beau, c’est de travailler la terre. L’argile et le cuivre viennent de la terre. Pour moi, travailler la terre est aussi un geste politique puisque cela amène à prendre conscience, de manière sensible, que c’est la terre qui nous offre toutes ces plantes, c’est la terre qui nous nourrit, comme l’art nous nourrit aussi. C’est un vecteur de nourritures culturelles qui mérite d’être mis en lumière.
